Texte Libre

Amandine, vendeuse vidéo au magasin Virgin des Grands Boulevards et représentante SUD, vient d'être licenciée !
 

Ce n'est pas la première fois que les libertés syndicales sont attaquées chez Virgin : il y a quelques années, la direction s'est illustrée en licenciant, avec l'accord du Ministère du Travail de droite, un représentant CGT au motif qu'il aurait... harcelé moralement son Directeur !

il faut savoir qu'Amandine a été désignée Conseillère du salarié (statut de salarié protégé) par Solidaires Paris. A ce titre, c'est au Comité d'Entreprise et à l'Inspection du Travail de se prononcer sur le bien-fondé de son licenciement. La direction de Virgin a donc délibérément choisi de passer outre cette protection.
 
Le développement et l'action du syndicat SUD Virgin, depuis sa création en mars 2006, n'est pas sans inquiéter une direction particulièrement réactionnaire qui a recours à l'intimidation (vigiles et huissier en permanence au magasin).
 
Nous appelons à la constitution d'un comité de soutien, ouvert à tou-te-s, autour d'Amandine, pour sa réintégration dans les plus brefs délais, et plus largement, pour le respect du droit syndical et des droits des salarié-es de l'enseigne. 



Après un an de lutte, Amandine a réintégré son magasin le 13 décembre 2007 et remercie tous ceux qui l'ont soutenu ! 

La lutte continue pour soutenir Sylvain, représentant SUD au Virgin de Saint-Quentin-en-Yvelines, sanctionné à plusieurs reprises et menacé de licenciement... Rendez-vous aux Prud'hommes le 17 septembre 2008 pour faire cesser cette discrimination syndicale !
Samedi 31 mars 2007

Le collectif de solidarité a prêté main-forte samedi 31 mars aux militant-es de Sud Mc Do. Ils avaient organisé un rassemblement devant le restaurant de République, la manifestation  tintamarre  partant de la place peu après. Nous étions une vingtaine devant le restaurant, durant près d'une heure, à scander " Virgin-Mc Do : même répression " et Mc Do-Virgin : même exploitation " et à distribuer des tracts. Outre les vigiles, quelle ne fut notre surprise de voir que l’huissière, dépêchée par Mc Do, était la même que Virgin ! Comme quoi, entre patrons, la solidarité bat aussi son plein. A noter que le magasin Virgin, situé quelques stations de métro plus loin, avaient pris soin de baisser en partie ses grilles. Manque de bol, on n’est pas venu y faire un tour cette fois-ci... 

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Un communiqué de presse commun a été fait, repris par l'AFP :

 

SOLIDAIRES DANS LE COMMERCE PARISIEN !

 Le 28 mars 2007.

Malgré la répression patronale et l’ostracisme de certains syndicats, les syndicats SUD/Solidaires se développent dans le privé, y compris dans le secteur du commerce, des services et de la restauration (les librairies Album, La Fnac, l’hôtellerie, Office Dépôt…). SUD est également implanté, depuis mars 2006, dans deux enseignes phares de la mondialisation :

SUD revendique le droit d’exister dans les restaurants Mc Donald’s France. Malgré l’annulation de la désignation de ses délégué-es syndicaux le 15 mars 2007, SUD, particulièrement actif en ce qui concerne la défense des salarié-es, cherche à développer un syndicalisme de lutte dans cette enseigne bien connue pour ses pratiques antisyndicales.

SUD a vu reconnaître sa représentativité chez Virgin le 15 février 2007. Suite à l’élection du Comité d’Entreprise le 20 mars dernier, SUD fait d’emblée jeu égal avec la CFDT et la CFTC. Pour autant, la direction conteste la nomination de ses délégués syndicaux ! 

Rendez-vous :

 

- Samedi 31 mars 13 h 30 : rassemblement devant le Mc Donald’s Place de la République Paris 3ème (M° République),

 

- Vendredi 6 avril 18 h : rassemblement devant le magasin Virgin 5 boulevard Montmartre Paris 2ème (M° Grands Boulevards). C’est ce jour que sera connue la décision des Prud’hommes sur la réintégration d’Amandine, vendeuse, militante SUD et représentante du personnel Solidaires, licenciée arbitrairement et illégalement en décembre 2006.

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Vendredi 30 mars 2007
Une journée bien froide, sans doute une des dernières que cet hiver nous a réservées. Nous nous attendions même à la pluie, qui nous a été épargnée, car M. Lagardère, qui contrôle un certain nombre d’organes de presse n’a pas encore acheté la météo. Nous nous sommes réchauffés en pensant aux belles journées de printemps et d’été qui nous attendent devant notre magasin préféré si les Prud’hommes n’ordonnent pas la réintégration d’Amandine le 6 avril prochain. Il serait vraiment dommage que l’enseigne puisse s’en tirer à si bon compte que ça, juste au moment où l’on commence à y prendre goût.
 

Cette fois il n’y avait plus de contre-manifestation de l’intersyndicale à la botte de la direction, qui sans doute a l’impression d’en avoir fait un peu trop. Pas d’huissier non plus. Il ne pourrait d’ailleurs que constater que nous sommes d’une parfaite courtoisie en nous bornant à informer la clientèle sur les pratiques sociales qui ont cours dans le magasin et sur l’enseigne. On dirait qu’ils commencent à être regardants sur le sou. D’ailleurs le magasin ne va pas bien et continue de ne pas payer la prime que le Directeur a eu la mauvaise idée d’évoquer après la manif du 3 mars. Sur ce sujet, on ne va pas le lâcher de sitôt. Le grand panneau qui dénonce notre présence est en revanche réapparu au dépens de la playstation. On dirait que la direction ne sait plus comment s’y prendre et fait des choses contradictoires. Elle n’est d’ailleurs pas à sa première bêtise.

Pour la deuxième semaine consécutive, nos amis spécialisés dans le barouf, n’on pas pu être présent, pris par d’autres engagements. Nous avons donc, à l’aide du mégaphone, donné libre cours à notre dialogue avec le Directeur en le félicitant tout d’abord pour avoir réussi son élection au Comité d’Entreprise avec 5 autres salarié-es du magasin. C’est en effet une première : le Directeur pourra aimablement discuter en CE de la mise en place du prochain plan social et, avec ses potes syndicalistes, il pourra choisir les salarié-es à virer. Les conditions parfaites pour un véritable « partenariat social ». Nous savions jusque là que certaines pratiques étaient répandues dans le monde du nettoyage, mais c’est la première fois que nous les retrouvons – étalées au grand jour – dans le secteur du commerce, en plein Paris. On n’arrête pas le progrès.

Toujours à l’aide du mégaphone un « conseiller du salarié », collègue d’Amandine, a manifesté sa solidarité. Très intéressant aussi le témoignage d’un ancien salarié qui travaillait dans ce magasin (quand l’enseigne était encore Extrapole, rachetée et rattaché à l’actuel Virgin), qui nous racontait son expérience : la délation était déjà largement utilisée comme moyen de contrôle des salarié-es, poussés les uns contre les autres. On avait monté une cabale contre lui pour le virer. Malheureusement son chef, après l’avoir viré, s’est à son tour retrouvé dehors quelques mois plus tard. C’est bien ce qu’on essaye de faire comprendre au Directeur en l’assurant de notre préventive solidarité.

Nous avons eu aussi la surprise de trouver scotché sur la porte du magasin l’article que Le Nouvel Observateur (dans son supplément local Paris Obs) a consacré à Amandine. La journaliste a pondu un texte people, tiré d’une télénovela larmoyante, mais n’anticipons pas. Nous le lirons ensemble vendredi 6 et nous ferons ensuite le compte-rendu de cette hilarante lecture.

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Jeudi 29 mars 2007

Interview d'Amandine en dernière page de Rouge, le journal de la LCR, paru le 29 mars :

Amandine Degousée
Virgin doit céder

À 34 ans, Amandine Degousée, vendeuse depuis neuf ans au magasin Virgin Grands-Boulevards (ex-Extrapole, Paris 2e), représentante de SUD, a été licenciée, le 19 décembre 2006, pour faute grave. Son principal tort ? Avoir combattu sans relâche la dégradation des conditions de travail dans son magasin. Le bras de fer avec la direction de Virgin en vue de sa réintégration est engagé.

• Quelle est la situation au magasin Virgin Grands-Boulevards ?

Amandine Degousée - Le magasin emploie une soixantaine de personnes et, compte tenu de son emplacement, il « fonctionne ». Mais, ce qui le caractérise, c’est un turn-over important : depuis deux ans, 70 % du personnel ont changé. Cette situation découle, en grande partie, d’une gestion calamiteuse du personnel. Les perspectives d’avancement pour les vendeurs n’existent quasiment pas, les responsables, mutés d’un rayon à l’autre, connaissent souvent mal les produits et la polyvalence s’installe afin de supprimer des postes dans certains secteurs. Il en est de même pour les autres magasins de l’enseigne. Ce turn-over a une conséquence non négligeable sur la défense des salariés, puisqu’il efface la mémoire des précédentes luttes ou des précédentes difficultés posées par la direction. La mobilisation des salariés est donc particulièrement compliquée, tout en sachant que, de par mon action sur le magasin, la direction s’efforce, avec l’aide de la CFDT, de « contrôler le magasin ».

• Pour quelles raisons la direction de Virgin t’a-t-elle licenciée ?

A. Degousée - Elle invoque trois motifs : un litige avec un client, un refus d’autorité et des menaces. En ce qui concerne le litige, l’histoire est étrange. J’ai été littéralement harcelée par un client, car je ne pouvais répondre à toutes ses exigences. Il me demandait, par exemple, des remises sur les DVD, alors que les vendeurs ont pour consigne de ne pas en faire. Mais, comme il insistait, je suis allée voir le directeur, en vain. Le client ne me lâchait plus. Finalement, le directeur régional est arrivé et l’a pris à part. Cinq minutes plus tard, il m’a convoquée, seul à seul, le litige avec un client était tout trouvé. Je suis allée prévenir mon collègue de mon absence momentanée du rayon : cela sera assimilé à un refus d’autorité. Enfin, en ce qui concerne les menaces, j’aurais dit au directeur régional : « Je m’occuperai de vous en haut lieu. » Ce qui n’est que pure invention. Tout cela s’est passé le 5 décembre. Le jour même, on m’a notifié ma mise à pied conservatoire. Le 14 décembre, j’étais convoquée au siège pour un entretien préalable à licenciement : police, vigiles et huissiers étaient sur place ! Cinq jours plus tard, j’étais licenciée.

• Les dirigeants de Virgin n’en sont pas à leur coup d’essai...

A. Degousée - Déjà, en 2003, la direction me reprochait de trop m’intéresser au sort de mes collègues. Cela m’avait même été reproché lors d’un entretien préalable à sanction, alors que les motifs officiels de la convocation étaient d’avoir « tiré la langue à un responsable » et « déréférencé [ne pas avoir vendu assez de DVD, NDLR] Alain Delon » ! Malgré tout, j’ai poursuivi mon implication aux côtés des salariés. Je suis devenue membre du Comité d’hygiène de sécurité et des conditions de travail (CHSCT), puis je me suis syndiquée à la CGT. Début 2005, à mon retour de congé maternité, la direction n’a pas respecté mes heures d’allaitement, contraignant l’inspection du travail à intervenir et à me donner raison.

• Ton licenciement est-il la conséquence de luttes antérieures ?

A. Degousée - Il y a deux ans, quatre salariés du stock - la totalité de l’équipe - ont été licenciés pour insubordination, le nouveau chef du stock ayant cherché à s’imposer envers et contre tout. Pendant deux mois, nous avons fait des rassemblements devant le magasin, avec prises de parole au mégaphone. La direction n’a pas trop aimé cette publicité ! Mais elle est passée en force, et les quatre collègues ont été licenciés. Grâce à SUD, l’affaire est aujourd’hui aux prud’hommes. Nous avons également défendu une salariée victime de discrimination. Alors que le magasin avait été fermé pour cause de rénovation, nous nous sommes invités à l’inauguration, et nous avons diffusé un tract expliquant sa situation, la direction refusant toute conciliation. Puis, en octobre 2006, cette salariée a dû faire quatre jours de grève de la faim devant le magasin pour obtenir gain de cause.

• Pourquoi as-tu quitté la CGT pour rejoindre SUD ?

A. Degousée - Un débat a divisé la CGT de l’enseigne. Une partie pensait que la concertation, toujours possible avec la direction, était l’unique moyen d’action. Une autre, dont je faisais partie, soutenait que la concertation seule ne suffisait pas, et que l’intervention d’une tierce partie était nécessaire pour obtenir des avancées. Mon mari, libraire sur un autre magasin Virgin, et moi - ce lien nous sera plus d’une fois reproché, des tracts anonymes diffusés aux salariés parleront même du « clan Degousée » - avons donc fondé SUD en mars 2006. Aujourd’hui, mis à part SUD, qui a acquis sa représentativité de haute lutte et gagné de nouveaux venus au syndicalisme, les syndicats ont sombré dans la compromission. Aux élections professionnelles de 2007, cinq des vingt personnes élues au comité d’entreprise de Virgin sont issues du seul magasin Virgin Grands-Boulevards, et elles appartiennent toutes, de l’employé de base au directeur du magasin, à la CFDT !

• Tu te bats pour ta réintégration. Qu’est-ce qui a été fait et que peut-on faire pour te soutenir ?

A. Degousée - Une pétition demandant ma réintégration a été signée par 37 des 50 employés du magasin. C’est très important car, dans les autres luttes, nous n’avons jamais obtenu un tel soutien. Ensuite, un débrayage des salariés, en solidarité, a été organisé. Samedi 3 mars, de Strasbourg-Saint-Denis au magasin, 250 personnes ont manifesté pour réclamer ma réintégration. Le porte-parole de la LCR, Olivier Besancenot, et le maire du 2e arrondissement, Jacques Boutault (Verts), faisaient partie du cortège. Aussi, chaque vendredi, à 18 heures, le collectif de solidarité se réunit devant le magasin. La mobilisation est primordiale car, en face, la direction organise des contre-manifestations avec la participation des « partenaires » sociaux et de cadres d’autres magasins. Côté juridique, j’ai engagé un référé aux prud’hommes contre mon licenciement, mon statut de conseillère du salarié sur Paris faisant de moi une salariée protégée. Le bureau de départage doit se prononcer le 6 avril.

Propos recueillis par Thomas Mitch

Plus d’informations sur : http://boycottvirgin.over-blog.com/.

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Jeudi 29 mars 2007

Un long article, accompagné de photos, dans le Nouvel Observateur du 29 mars. Il a été répondu à l'article, réponse transmise au journal ci-contre :

Minigroupe contre mégastore  

Employée de Virgin depuis 1998, Amandine a été licenciée en décembre. Depuis, son syndicaliste d’époux la défend coûte que coûte. Soutenu par un groupe de militants.

Concert de casseroles, sono, et calicots : chaque vendredi depuis décembre, Sud Solidaires sort l’artillerie syndicale. A 18 heures, les militants manifestent boulevard Montmartre. Devant une cible de choix : le Virgin Megastore. Les syndicalistes tractent. Les passants sont informés des pratiques maison. Et les vigiles veillent. Mégaphone au poing et pose de cow-boy, un délégué syndical s’époumone. Laurent Degousée fait campagne, mobilise les troupes, orchestre le mouvement. Star d’un soir. Roi du boulevard. Truffé d’invectives, son discours a fait ses preuves : « Le maire du 2 e et Olivier Besancenot sont venus nous soutenir. » Degousée mène sa fronde aux cris de « réintégrez Amandine ! » En trois mois, il a réussi une prouesse. Son Amandine est devenue la bête noire de Virgin. La mascotte de Sud. Elle est aussi sa madone : son épouse à lui.

Epicentre de la cause qu’il défend, Laurent Degousée, 35 ans, ne s’arrête jamais. En privé, il conseille sa femme, l’assiste. Parle à sa place. C’est sa belle, sa bataille. Son débit de mitraille contredit son air bonhomme. Parfois, baromètre de son mécontentement, son visage s’empourpre. A côté, minois encadré de cheveux jais, Amandine, 34 ans, opine du chef et tente d’intervenir, sitôt coupée par son époux, agacé. Elle s’en remet à lui : « Il faut dénoncer les agissements de Virgin. Moi, je n’ai plus la mémoire : Laurent sait tout. » L’évanescence de l’un et l’ego de l’autre donnent le récit heurté d’un couple peu désireux de raconter le licenciement dénoncé. En cause, l’anicroche qui oppose Amandine à un client, le 5 décembre. Décrit comme un mauvais coucheur par des témoins, il se serait plaint du prix d’un article : « Il voulait un rabais, dit Amandine. On en faisait au temps de l’enseigne Extrapole. Mais depuis le rachat par Virgin, en 2001, la direction n’en a rien à foutre. Sa priorité, c’est faire de l’argent. » Le client insiste, harcèle. Amandine le rabroue. Le directeur régional, exceptionnellement présent, la convoque. A huis clos. Et c’est la mise à pied. Puis le licenciement pour faute. Décryptage du mari : « Ce client, Amandine, c’est quelqu’un que la direction t’a envoyé. Pour se débarrasser des salariés gênants, elle invoque un souci avec la clientèle ou les accuse de vol. » Selon lui, Virgin aurait voulu se débarrasser de sa femme, connue pour son activisme syndical. D’autant qu’à quatre jours près, Amandine devenait « conseillère du salarié », un mandat d’assistance aux employés en difficulté, validé par le préfet. Et un statut d’intouchable qui protège du licenciement « dès que l’employeur a connaissance de l’imminence de la nomination », note Laurent, pour qui Virgin ne pouvait l’ignorer. La DRH récuse : « Comment l’aurions-nous su ? plaide Nathalie Drouet. Mme Degousée ne l’a pas signifié. » Possible, mais les organisations patronales, averties le 17 novembre, ont aisément pu transmettre l’information. Encore faut-il que les Degousée le prouvent. Le juge tranchera le 6 avril.

En attendant, les époux bataillent, soutenus par Gérard Filoche. Pour l’inspecteur du travail, la direction veut limiter l’emprise syndicale : « Elle a tenté d’isoler Amandine lorsqu’elle était déléguée syndicale. Et pratique la chasse aux sorcières. » Amandine a tenu tête. Sans jamais céder un alinéa du code du travail. Quitte à se livrer à une surenchère procédurière, en faisant valoir un droit antédiluvien : l’heure d’allaitement. Alors que les syndicats lâchent du lest sur cette heure chômée, Gérard Filoche vient à sa rescousse : « J’ai dû intervenir trois fois pour qu’elle en dispose. En France, des milliers de femmes y ont recours. » Mais les contestations pointillistes du couple lassent. D’autant qu’en 2005, ces Bonnie and Clyde du militantisme n’ont pas hésité à évincer le délégué CGT du magasin. Fort de son mandat national CGT, Laurent bombarde sa femme déléguée syndicale. Sans vergogne. Mais bientôt, les Degousée se sentent à l’étroit dans leurs habits cégétistes, trop feutrés à leur goût. En mars 2006, ils démissionnent et rallient Sud Solidaires.

Pour Amandine, la mission de pasionaria du salarié est récente. Quand elle rencontre Laurent, en 2003, elle n’est pas militante pour deux sous : « Recrutée en 1998 comme vendeuse, j’avais la tête dans le guidon. » La bonne parole syndicale lui vient de son homme, déjà touché par la grâce sociale. Amandine lui donne des ailes. Il se veut trublion du grand capital. « Entre nous, c’est allé très vite, fanfaronne-t-il. On s’est mariés le 24 avril 2004. On a eu notre fille le 16 janvier 2005. Notre union est remontée à la direction générale et à Lagardère, le grand patron. » Ces saillies égotistes suscitent la raillerie : « Depuis son mariage, il est mégalo », grince un collègue. A la CFDT, Jean-Luc Breyne, délégué syndical central, ose Freud : « C’est un peu comme si deux mal-être, deux théories du complot s’étaient rencontrées. Degousée veut devenir le martyr du syndicalisme du siècle. » En réalité, ses airs de petit lieutenant à l’assaut du patronat lui valent l’ire de la direction, le ras-le-bol des salariés et la désapprobation de ses camarades syndiqués.

Il fédère le mécontentement des syndicats. Opposés au licenciement d’Amandine, ils s’agacent de ce prurit conflictuel. « Degousée utilise cette affaire pour exister, juge Guy Olharan, délégué central CGT. Son mouvement émane d’une poignée d’activistes extérieurs. Il discrédite Virgin et nous avec. » Les rapports virent à la querelle de clocher. Chez FO, Danielle Tartaglia en rit encore. Dernièrement, en guise de cadeau, elle a reçu 12 rouleaux de papier toilette de sa part : « Voilà le niveau. » La CFDT juge ses actions contre-productives : « A lire leur com’, Virgin est atroce, note Jean-Luc Breyne. Faux : on n’est pas dirigés par des anges. Mais on n’est pas chez les Thénardier non plus. » Il en viendrait presque à compatir pour la direction « à bout, la DRH lessivée ». Le site internet initiée par le couple, Boycott Virgin, reste la cerise sur le logo. « C’est ridicule, tonnent les syndicats adverses. Et dangereux, au moment où l’effondrement du disque menace les emplois. » Réponse d’un Degousée écarlate : « Ils sont à la solde de la direction. »

Le soutien des salariés s’étiole aussi. Au début, la campagne a eu l’assentiment de tous. Aujourd’hui, ils contre-attaquent. Et contre-tractent : « Oui à nos emplois. Non au boycott. » « On s’est sentis abusés, lâche l’un d’eux. On pensait Amandine licenciée pour avoir mal répondu à un client agressif. On a appris qu’elle a menacé le directeur d’un “Des amis en haut lieu vont s’occuper de vous”. » Beaucoup croient cette thèse plausible, « vu son mari ». Ils ont organisé une contre-manifestation. « On en a marre, gronde une collègue. Il y a trois semaines, à cause d’une de leurs grèves, il a fallu fermer trois heures. Un samedi ! » La direction boit du petit lait : « Nous sommes impuissants. Il est plus vendeur de faire venir Besancenot que de recruter des vigiles. »

Licenciements

Conflits à la chaîne 

Avec 29 magasins et 1 400 salariés, Virgin est loin d’être un havre salarial. Symptômes de sa petite forme : le 20 mars, Sud Solidaires a fait son entrée au comité d’entreprise. Le turnover des employés frise les 40%, pour des salaires moyens de 1 000  € net. Les licenciements se succèdent, souvent contestables et portés devant les prud’hommes. Récemment, 4 stockistes des Grands Boulevards ont été licenciés après un conflit avec leur responsable. « Un nouveau, connu pour être un dur », dit Degousée. Parmi eux, Guinelé, 26 ans. Problème : il n’était pas présent le jour des faits. « Le lendemain de l’incident, je suis venu travailler, dit-il. En fin de journée, le chef m’a convoqué. Il m’a demandé de choisir : soit j’étais avec mes collègues, soit j’étais contre. » Il est licencié pour faute. Ses collègues et lui attendent réparation. Jugement le 27 mai.


Isabelle Curtet-Poulner
Parisobs

L’article intitulé « Minigroupe contre mégastore »  paru dans le supplément Ile-de-France du numéro du mars en a étonné plus d’un, dont moi, parmi les individus un peu au fait du récent conflit social au magasin Virgin des Grands Boulevards à Paris.

 

Premier motif d’étonnement : ce conflit exemplaire des méthodes actuelles d’un certain patronat et des tensions internes au syndicalisme d’aujourd’hui se transforme en une affaire de couple, une affaire où l’homme exploiterait le licenciement de sa femme (Amandine) pour obtenir la reconnaissance à laquelle il aspire. Le fait que ce licenciement s’inscrit dans une série d’autres tout aussi scandaleux (et contre lesquels l’homme en question s’est battu avec le même acharnement) et que c’est cette série qui donne son sens à la mobilisation exceptionnelle autour du cas d’Amandine (dans laquelle on ne retrouve d’ailleurs pas que des « syndicalistes », loin de là) n’est signalé clairement nulle part – et pourtant le licenciement il y a deux ans de Cédric, délégué CGT, pour « harcèlement de son supérieur hiérarchique » était une première absolue dans l’histoire du monde du travail...

 

Deuxième motif d’étonnement : pour l’auteure de l’article, le conflit entre syndicats relève de « la querelle de clocher ».  Pourtant il n’était pas difficile de se rendre compte que, derrière les tensions qui ont agité la CGT et motivé le passage d’une partie des cégétistes à SUD, il y a deux conceptions divergentes de l’action syndicale. Que les délégués FO, CFDT et CGT, tout en se disant hostiles au licenciement d’Amandine, aient choisi de ne rien faire puis de prendre le parti de la direction contre ceux qui mènent la mobilisation ne semble pas faire sens à ses yeux. Du coup, elle ne s’est pas rendu compte d’une part que ces délégués étaient quasiment tous cadres au sein de la maison Virgin, mais pas non plus que ce sont eux (et non pas « les salariés ») qui ont « contre-attaqué » – non pas en tractant, mais en déposant derrière la vitrine (donc à l’intérieur) une grande affiche manuscrite dénonçant les actions de protestation et l’appel au boycott. Pire, elle prend la signature « Les salariés de Virgin » pour argent comptant, alors qu’il lui aurait suffi d’interroger au hasard quelques-uns de ces salariés pour en trouver plusieurs que cet enrôlement forcé dans le camp de la direction révolte.  

 

La politique qui consiste à amadouer, voire à acheter les délégués syndicaux, ou à susciter des vocations syndicales parmi l’encadrement, tout en réprimant, par diverses méthodes allant souvent jusqu’au licenciement, ceux qui persistent à défendre sans détours les intérêts des salariés n’est pas le propre de la direction de Virgin. C’est une pratique dominante dans certains secteurs et qui, sous des formes plus ou moins soft, tend à se généraliser à l’ensemble du monde du travail. La journaliste semble l’ignorer. Ce qui ne laisse pas d’étonner de la part d’un journal classé à gauche, mais qui, malheureusement, traduit bien l’air du temps journalistique : préférer l’anecdotique, le « vécu », plutôt que l’analyse des problèmes sociaux de fond. Pour le plus grand bonheur des détenteurs du pouvoir économique.

 

 

Nicole T.

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Dimanche 25 mars 2007

Dimanche 25 mars, une dizaine de militant-es du collectif de solidarité avec Amandine, vendeuse et représentante du personnel SUD au Virgin des Grands Boulevards, licenciée arbitrairement et illégalement le 19 décembre 2006, s'est invitée ce jour sur le stand Virgin du salon du livre de Paris pour rappeler ses tristes méfaits à la direction.

Nous sommes arrivés au milieu d'un débat sur la colère, le thème du stand étant cette année les sept péchés capitaux. Ca aurait pu être aussi bien l'avarice ou l'orgueil compte tenu des méthodes antisociales de la direction de Virgin...

Etant d’une politesse exquise nous n’avons nullement perturbé le déroulement des débats. Nous avons tout de même déployé la banderole demandant la réintégration d'Amandine et distribué des milliers de tracts aux visiteurs du stand et du salon durant 1 h 30. L’animateur a essayé pendant un moment de faire comme si de rien n’était jusqu’au moment où il a annoncé au public qu’une “irruption du réel” ventait de se produire sans leurs palabres... La couleur verte de certains visages nous a fait craindre qu’il faudrait bientôt faire appel à l’infirmerie du salon mais tout s’est bien passé. Le responsable de la com’ de Virgin (syndicaliste CGC par ailleurs), présent sur les lieux, était légèrement dépité par notre action… Sur le chemin du départ, nous n’avons pas oublié de faire bénéficier de nos tracts aussi les stands de Lagardère et autres Hachette.

L'action est mentionnée dans le journal " la République des Lettres " : " Politique toujours, mais cette fois activement militante, avec une série de manifestations et de distribution de tracts, notamment en faveur de Aung San Suu Kyi, figure emblématique de l'opposition à la dictature militaire birmane, et d'une employée de la librairie Virgin qui sera jugée aux Prudhommes le 6 avril prochain, la CGT dénonçant les pratiques salariales abusives du monde de l'édition et de la librairie... "

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Samedi 24 mars 2007
Lors de la manifestation contre les violences faites aux femmes ce samedi 24 mars, les manifestant-es (plusieurs milliers) ont scandé "réintégration d'Amandine" lors de leur passage devant le magasin Virgin des Grands Boulevards. Nous les en remercions.
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Samedi 24 mars 2007

La contre-manifestation de ce jour, à nouveau organisée par la direction, a perdu en force : elle était plus timide, confinée à l'intérieur du magasin. Heureusement que la direction peut compter sur l'aide des partenaires sociaux CFDT, CGT et FO de l'enseigne et de cadres venus d'autres magasins pour gonfler ses troupes ! Aussi, le grand panneau rempli de la prose de la DRH a cédé sa place dans la vitrine à la nouvelle playstation. On voit là que le cœur de la direction penche toujours à gauche, du coté du portefeuille.

A cause d’une surcharge de rendez-vous militants ce même jour, nous étions un peu moins nombreux que d’habitude mais nous avons vaillamment bravé le froid et les intempéries. Avec le retour des beaux jours, nous serons certainement aussi motivés et bien plus nombreux. Nos chers dirigeant-es de Virgin ne perdent rien pour attendre...

Pour info, SUD Virgin, le syndicat dont Amandine est adhérente, vient d'avoir ses premiers élus au Comité d'Entreprise et en Délégué-es du personnel suite aux élections professionnelles du 20 mars. D’emblée ses résultats le mettent à l'égal de la CFDT et de la CFTC et il devient même la première organisation au magasin des Champs-Élysées, l'établissement phare de Virgin. Élections marquées par 59 % de participation des employé-es... Il est intéressant de noter que sur 29 magasins dans toute la France, le magasin des Grands Boulevards remporte 6 postes, tout comme celui des Champs-Élysées, donc la moitié des représentant-es du CE vient de deux magasins... Et qui on trouve parmi ces élu-es ? Le directeur, la correspondante RH et le responsable sécurité du magasin des Grands Boulevards ainsi que nos contres-manifestant-es CFDT, CGT et FO ! Ce petit monde marchant la main dans la main, cela promet une belle harmonie au moment des prochains licenciements...

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Vendredi 16 mars 2007
Article dans le numéro de mars :

SUD Virgin sur tous les fronts !

SUD existe dans les magasins Virgin, propriété du groupe Lagardère, depuis maintenant un an. SUD essaye d’apporter une réponse syndicale différente dans cette enseigne de biens culturels face à la passivité des syndicats confédérés qui sont tous représentés. Que ce soit en matière de salaire, de conditions de travail et de respect des droits, ce n’est pas la tâche qui manque : 60 % des employé-es sont payés moins de 1000 € net par mois tout en devant, pour certains, travailler le dimanche comme au magasin des Champs-Elysées, un plan social et l’externalisation de notre logistique ont marqué l’année 2006 et une centaine de salarié-es sont licenciés chaque année pour  « faute »… On aura ainsi vu un stockiste viré pour avoir mangé la pizza d’une collègue et un Délégué CGT licencié, avec l’aval du Ministre du Travail, pour avoir soi-disant harcelé moralement son Directeur ! Notre activité intense nous a d’ailleurs permis de devenir représentatif ce qui va nous permettre de nous présenter, pour la première fois, aux élections professionnelles prévues en mars 2007. Notre développement s’accompagne de l’ostracisme des autres syndicats et de mesures répressives de la part de la direction : plusieurs de nos représentant-es ont eu à subir des sanctions dont Amandine, vendeuse et militante du syndicat au magasin des Grands Boulevards Paris 2ème. Elle a été licenciée arbitrairement et illégalement en décembre 2006. Amandine a été nommé Conseillère du salarié par Solidaires Paris or la direction a sciemment ignoré la procédure spéciale propre aux représentant-es du personnel, passant outre l’obligation de saisir l’Inspection du travail. L’Inspection va d’ailleurs sanctionner la direction (délit d’entrave) et les Prud’hommes sont saisis pour exiger sa réintégration. Les collègues d’Amandine ont débrayés en solidarité et un rassemblement se tient chaque vendredi devant son magasin. Le 3 mars dernier, c’est près de 250 personnes de différentes organisations syndicales et politiques qui ont manifesté sur les Grands Boulevards pour la soutenir et des actions similaires ont déjà eu lieu devant plusieurs magasins Virgin de Province. Rejoignez le mouvement de solidarité !

Site internet de soutien : http://boycottvirgin.over-blog.com/
Solidarité financière : chèque à l’ordre de SUD Virgin 37 rue de Bellefond 75009 Paris, mention « solidarité Amandine » au dos.
par soutien publié dans : Actualité
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L'Amandinethon

Entre le 19 décembre 2006 (date du licenciement d'Amandine) et le 13 décembre 2007 (date de sa réintégration), c’est 7 manifestations, 66 rassemblements, 70.000 tracts diffusés, 3500 signatures de pétition, 146 messages de soutien et 37 articles de presse.

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