Ce soir là, nous sommes plus nombreux que d’habitude (dont des camarades de
Les policiers en tenue sont eux aussi de retour tandis que leurs collègues en civil n’ont fait qu’un passage rapide. Une nouveauté : les voilà faisant les plantons entre les deux portes d’entrée du magasin. Dans quelle intention ? Difficile à savoir. Mais l’effet visuel, lui, est garanti : entre la guirlande d’uniformes de vigiles et d'agents qui orne l’entrée du magasin et notre propre guirlande d’affiches, d’hommes-sandwiches et de tracts à disposition sur notre table, même les clients les plus décidés à ne rien voir et à ne rien entendre ont du mal à ne pas percevoir que le magasin où ils s’apprêtent à entrer est sous haute surveillance et pas en raison d’un colis suspect !
Est-ce pour cette raison que nous enregistrons un nombre particulièrement élevé de réactions de sympathie (discrètes souvent mais réelles) ? Sans doute mais pas seulement : de toute évidence, grâce à l’heureuse initiative des autorités qui ont jugé bon de ressortir un vieil arrêté interdisant la distribution de tracts sur le boulevard, notre rassemblement de protestation contre la répression patronale de l’expression des salariés est aussi perçu désormais comme une forme de défense de la liberté d’expression tout court dont chacun sent confusément qu’elle aussi est de plus en plus menacée. Qu’entre l’arbitraire patronal et l’arbitraire du pouvoir il y a comme un lien, ça saute en quelque sorte aux yeux de tous même des plus myopes… 
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