A la manifestation des cheminots

Publié le par soutien

Ce jeudi 18 octobre, nous étions présents le long de la manifestation parisienne (25000 personnes) – un brin plan plan - pour faire connaître l’action du collectif. Nous nous sommes taillés un vif succès avec nos pétitions et notre tract (ci-dessous) :
 

 

POUR VAINCRE, JOUONS COLLECTIF !
 
 
Le 18 octobre 2007.
 
Depuis le licenciement, en décembre 2006, d’Amandine, vendeuse chez Virgin et Conseillère du salarié Solidaires, un collectif - composé de non-syndiqués, de syndicalistes et de militants politiques - s’est constitué pour obtenir sa réintégration, à l’instar de ceux qui fleurissent depuis 2001 sur Paris lors des grèves dans la restauration (Frog’s Pub, Mc Donald’s, Quick et Pizza Hut), le commerce (la Fnac, Maxi-Livres et Virgin) et le nettoyage (Arcade/Accor).
 
Nous assurons un rassemblement hebdomadaire devant son magasin depuis le 19 janvier 2007 (dont la distribution de plus de 50000 tracts à ce jour), nous nous rendons régulièrement sur d’autres établissements et nous organisons des actions ponctuelles (salon du livre, assemblée des actionnaires, fête de la musique…). Enfin, une manifestation a été organisée par son syndicat en mars dernier, les 250 participants contraignant la direction à fermer le site pendant plusieurs heures.
 
Pourquoi cet acharnement à réclamer justice pour Amandine en particulier quand les licenciements arbitraires sont aujourd’hui légion dans les entreprises ?
 
D’abord parce que le licenciement d’Amandine intervient après de nombreux autres de la même veine : un représentant CGT viré, avec l’aval du Ministère du Travail, parce qu’il « harcelait son supérieur hiérarchique » (mais si, mais si !) ; un autre remercié pour avoir mangé la pizza d’une collègue ; quatre stockistes d’un magasin (la totalité de l’équipe !) licenciés arbitrairement du jour au lendemain ; un formateur évincé, bien que malade après 16 ans de bons et loyaux services ; une caissière, victime de discrimination depuis plusieurs années, s’est trouvée réduite à faire une grève de la faim pour faire reconnaître le préjudice subi… A travers le cas d’Amandine, c’est donc à une politique des ressources humaines fondée sur l’élimination de tous ceux qui pourraient constituer un pôle de résistance à l’exploitation patronale que nous nous attaquons. En ce sens, nous avons déjà marqué des points puisque Virgin a depuis renoncé à aller au bout d’autres menaces de licenciement ciblé.
 
Plus généralement, nous pensons contribuer, par cette bataille comme par d’autres menées antérieurement, à redonner du sens et de la valeur à la lutte concrète dans et autour de l’entreprise en montrant que, même dans un rapport de forces a priori très défavorable, il y a moyen de faire reculer des patrons y compris de grosses entreprises (Virgin, c’est 1400 salariés et le groupe Lagardère derrière) à condition, bien sûr, d’exploiter tous les moyens disponibles pour modifier le rapport de forces en notre faveur en l’élargissant : sortir du cadre étroit de l’entreprise en appelant à une participation active de militants extérieurs (non soumis au chantage à l’emploi que subissent les salariés de la boîte) en insistant sur la dimension collective de l’enjeu ; faire peser par tous les moyens la réprobation de l’opinion publique pour miner l’image de la boîte, enjeu de stratégies de long terme dans le cas d’entreprises commerciales ; enfin, faire preuve d’une grande ténacité… car en face, ils mettent souvent du temps à comprendre ce qu’ils ont à perdre à ne rien céder.
 
Indirectement, c’est aussi les pratiques syndicales de cogestion de la paix sociale dans l’entreprise que nous dénonçons. Des pratiques proches de la corruption (promotions et avantages salariaux divers pour les délégués) qui entretiennent chez les salariés sentiment d’impuissance et scepticisme envers toute forme d’action collective. Les syndicats « majoritaires » chez Virgin ont, par exemple, renoncé à défendre Amandine mais notre présence tenace devant son magasin, en maintenant un pôle de combativité visible en dépit de la peur qui y règne, est comme un joyeux pied de nez à tous les renoncements.
 
Chemin faisant, nous avons croisé d’autres salariés en lutte à qui nous prêtons également main-forte :
 
C’est Hélène et Philippe, ex-salariés du Marché Saint-Pierre dans le 18ème, qui, depuis seize mois, protestent et demandent réparation de leur double licenciement (reconnu abusif par les Prud’hommes) au bout respectivement de 28 et 34 ans d’ancienneté et qui ne s’explique que par une raison : le patron de ce grand magasin de tissus veut réduire son personnel et le remplace partiellement par des amis. Que les dirigeants de l’entreprise trouvent normal, pour faire grossir leurs profits destinés à être investis dans la spéculation immobilière, de mettre discrètement et progressivement à la porte le tiers le mieux payé de leurs salariés – à un âge où, comme Hélène et Philippe, sans qualification on est trop vieux pour retrouver du travail et trop jeune pour avoir droit à la retraite – ça n’étonnera personne par les temps qui courent. Mais la « normalité » des patrons prédateurs n’est pas la nôtre.
 
Hélène et Philippe ont le courage de ne pas accepter l’inacceptable même lorsque celui-ci est aujourd’hui subi par un nombre croissant de salariés. Sans trop d’illusions sur la capacité de la justice à résoudre leur problème, ils demandent leur réintégration ou une réparation conséquente en prenant à témoin l’opinion
publique. Par leur protestation, ils témoignent aussi pour les dizaines d’anciens collègues qui ont été poussés dehors. Le climat de peur qui règne dans ce magasin et la veulerie de ses syndicats incapables de rompre avec la vieille culture du consensus peuvent laisser croire qu’ils sont seuls. Pourtant, le sentiment d’injustice qu’ils expriment quotidiennement, nous sommes des milliers à le partager. Notre présence à leur côté est là pour en témoigner.
 
C’est également le cas de Michèle, hôtesse depuis 14 ans chez Mc Donald’s et représentante SUD, qui vient d’être licenciée : en inaptitude pour raison médicale, la direction lui a proposé d’être « reclassée » dans un restaurant situé au fin fond de l’Ile-de-France… alors que le poste adapté à son état de santé est disponible dans une dizaine d’autres restaurants dont le sien ! Mc Do, qui s’est fait une réputation pour ses conflits sociaux à répétition et pour son antisyndicalisme primaire, ne trompe personne avec une telle manœuvre visant à placardiser une militante syndicale active.
 
La lutte anticapitaliste n’est pas une bataille de mots ; elle se livre sur le terrain, et notamment celui de l’entreprise, dans l’affrontement entre salariés et patrons. Aider une lutte concrète à gagner, c’est contribuer avec les forces dont on dispose à faire avancer une lutte plus grande, celle contre l’exploitation capitaliste.

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