Dans l'Humanité du 3 décembre

Publié le par archiviste

Premier article sur ce premier succès :

 

Chez Virgin, les pique-niques se finissent bien

 

Distribution. La justice vient de condamner coup sur coup l’enseigne de produits culturels pour divers non-respects du Code du travail.

 

« On viendra toutes les semaines s’il le faut », avaient-ils juré voilà un peu moins d’un an, face aux vigiles du magasin Virgin Megastore des Grands Boulevards, à Paris. Parole tenue. Pour protester contre le licenciement abusif d’Amandine Dégousée, un collectif de soutien est venu pique-niquer sans relâche tous les vendredis soir devant l’enseigne, en tambourinant sur des casseroles pour « ne pas se faire oublier de la direction ». Un collectif improvisé - salariés, syndicalistes, personnalités politiques ou simples citoyens - qui est venu pendant près d’un an, sous la pluie ou à l’ombre des arbres, battre le pavé contre l’injustice… Jusqu’à vendredi dernier et la décision de la chambre sociale de la cour d’appel de Paris qui a condamné Virgin Megastore à réintégrer sa salariée sous quinze jours. « C’est juste l’euphorie », savoure Laurent Dégousée, délégué syndical SUD et compagnon d’Amandine dans la vie. « Enfin la discrimination syndicale est reconnue, cette décision fait du bien au moral. Elle met du baume au coeur dans cette période difficile où le droit du travail est attaqué de toutes parts, à Virgin comme ailleurs. »

 

Vendeuse vidéo depuis 1998, Amandine avait été licenciée le 19 décembre 2006 car elle aurait « négligé un client et menacé sa hiérarchie ». Outre le fait que la principale intéressée conteste les faits, cette militante du syndicat SUD Virgin et conseillère du salarié pour Solidaires aurait dû en principe bénéficier de la protection de son statut spécifique. En clair, Amandine ne pouvait être licenciée sans accord du comité d’entreprise et de l’inspection du travail. Des « mesures optionnelles », avait jugé sur le coup la direction du magasin de produits culturels. Et les multiples lettres de l’inspecteur du travail Gérard Filoche mentionnant « l’entrave au Code du travail » et « des motifs très discutables de la faute grave reprochée » ne l’avaient pas fait revenir sur sa décision. Suite à l’échec d’un référé prud’homal en avril, il aura finalement fallu attendre l’arrêt de la cour d’appel de Paris le 30 novembre 2007 pour qu’Amandine puisse à nouveau prétendre conseiller les clients sur leurs achats DVD. Deux jours plus tôt, une autre décision de justice, celle du tribunal des prud’hommes de Paris cette fois, a également condamné Virgin Megastore pour son irrespect au Code du travail. En 2005, un salarié des entrepôts parisiens de l’enseigne, qui venait de se déclarer candidat aux élections professionnelles pour la CGT, avait été licencié pour avoir mangé la part de pizza d’une collègue ! Une part de pizza qui, aujourd’hui, coûte 19 000 euros à Virgin.

 

« J’ai donné un dernier rendez-vous vendredi prochain devant le magasin des Grands Boulevards pour remercier tous ceux qui ont pris le temps et le risque de me soutenir », a lancé une Amandine soulagée. Le temps de sourire et de faire la fête avant de se retrousser les manches pour sa réintégration effective, mais aussi afin de « plancher sur les conséquences économiques et sociales » de la cession de Virgin France au fonds d’investissement français Butler Capital Partners officialisée à la mi-novembre.

 

Christelle Chabaud


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